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2012-08-10T08:04:00+02:00

Théophile Gautier, Premières Poésies.

Publié par Coquelikosafrane -

 

 

Quand à peine un nuage,

  Flocon de laine, nage

Dans les champs du ciel bleu,

  Et que la moisson mûre, Sans vagues ni murmure,

  Dort sous le ciel en feu ;

 


Quand les couleuvres souples Se promènent par couples

  Dans les fossés taris ;

  Quand les grenouilles vertes,

  Par les roseaux couvertes,

Troublent lair de leurs cris ;

 


  Aux fentes des murailles

  Quand luisent les écailles

  Et les yeux du lézard,

  Et que les taupes fouillent Les prés,

  où sagenouillent Les grands bœufs à lécart,

 


Quil fait bon ne rien faire,

  Libre de toute affaire,

Libre de tous soucis,

Et sur la mousse tendre

Nonchalamment sétendre,

  Ou demeurer assis ;

 


  Et suivre laraignée,

  De lumière baignée,

  Allant au bout dun fil

À la branche dun chêne

  Nouer la double chaîne

  De son réseau subtil,

 


Ou le duvet qui flotte,

  Et quun souffle ballotte

Comme un grand ouragan,

Et la fourmi qui passe

Dans lherbe, et se ramasse

Des vivres pour un an,

 


Le papillon frivole,

  Qui de fleurs en fleurs vole

Tel quun page galant,

  Le puceron qui grimpe

  À lodorant olympe

  Dun brin dherbe tremblant ;

 


  Et puis sécouter vivre,

Et feuilleter un livre,

Et rêver au passé

  En évoquant les ombres,

Ou riantes ou sombres,

  Dun long rêve effacé,

 


  Et battre la campagne,

Et bâtir en Espagne

  De magiques châteaux,

Créer un nouveau monde

Et jeter à la ronde

Pittoresques coteaux,

 


Vastes amphithéâtres

  De montagnes bleuâtres,

  Mers aux lames dazur,

  Villes monumentales,

Splendeurs orientales,

  Ciel éclatant et pur,

 


Jaillissantes cascades,

Lumineuses arcades

Du palais dObéron,

Gigantesques portiques,

Colonnades antiques,

  Manoir de vieux baron

 


Avec sa châtelaine,

Qui regarde la plaine

  Du sommet des donjons,

  Avec son nain difforme,

Son pont-levis énorme,

  Ses fossés pleins de joncs,

 


  Et sa chapelle grise,

Dont lhirondelle frise

  Au printemps les vitraux,

Ses mille cheminées De corbeaux couronnées,

Et ses larges créneaux,

 


Et sur les hallebardes

Et les dagues des gardes

Un éclair de soleil

 , Et dans la forêt sombre

Lévriers eu grand nombre

Et joyeux appareil,

 


Chevaliers, damoiselles,

  Beaux habits, riches selles

Et fringants palefrois,

Varlets qui sur la hanche

  Ont un poignard au manche

  Taillé comme une croix !

 


Voici le cerf rapide,

Et la meute intrépide !

Hallali, hallali !

Les cors bruyants résonnent,

Les pieds des chevaux tonnent,

Et le cerf affaibli

 


Sort de létang quil trouble ;

Lardeur des chiens redouble :

Il chancelle, il sabat.

Pauvre cerf ! son corps saigne,

La sueur à flots baigne

Son flanc meurtri qui bat ;

 


Son œil plein de sang roule

Une larme, qui coule

Sans toucher ses vainqueurs ;

Ses membres froids sallongent ;

Et dans son col se plongent

Les couteaux des piqueurs.

 


Et lorsque de ce rêve

Qui jamais ne sachève

Mon esprit est lassé,

Jécoute de la source

Arrêtée en sa course

Gémir le flot glacé,

 


Gazouiller la fauvette

Et chanter lalouette

Au milieu dun ciel pur ;

Puis je mendors tranquille

Sous londoyant asile

De quelque ombrage obscur.

 


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